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7. La thuyone, la molécule qui rend fou

La thuyone, c’est ce qui fit la célébrité de l’absinthe, mais provoqua aussi sa chute. On la disait hallucinogène dans les milieux artistiques, toxiques dans les milieux abstinents. Souvent comparée au THC (une étude menée en 1999 par Meshler et Howlett dans « Pharmacology Biochemestery and Behavior » a démonté cette théorie remontant à 1975), l’absinthe a de tous temps vogué entre l’alcool et la drogue dans les croyances populaires. La faute à cette troublante thuyone qui dit-on, rendrait fou, aveugle, qui tordrait le corps, mais qui soignerait aussi les dysenteries et même, la malaria...

Mais la thuyone, c’est quoi ?

Cette molécule, principe actif de la plante d’absinthe – que l’on retrouve aussi dans la sauge ou dans le thuya – compose à elle seule plus de la moitié de l’essence d’absinthe. A très hautes doses, l’une des deux formes isomériques de l’absinthe, l’Alpha, interagit avec le cerveau et y trouve des récepteurs qui peuvent provoquer de puissantes convulsions et d’importants problèmes rénaux. Et au XIXe siècle, quand on parlait de « très hautes doses », il semble qu’on ne badinait pas… à moins que ce ne soit de la pure désinformation ?

Aujourd’hui, la thuyone est limitée par une récente directive européenne à 35mg par litre d’absinthe. En 1907 en France, elle était limitée à 1000mg/l ! Au XIXe siècle, des études alarmistes, souvent pilotées par les adversaires de l’absinthe, ont analysé les productions de l’époque et conclu à des taux de thuyone avoisinant les 250mg/l. Ces études, ou plutôt « estimations de calcul » puisque aucun appareil scientifique ne permettait à l’époque de mesurer le taux de thuyone avec précision, auraient surtout permis d’influencer l’opinion publique, car la réalité est toute différente.

En 2002, Ian Hutton analyse le premier une absinthe « Pernod Fils » conservée depuis la prohibition. Il conclut à un dosage de 6mg de thuyone par litre d’absinthe... on est bien loin des études alarmistes du début du XXe siècle ! A 250 ou 300mg de thuyone par litre, l’absinthe serait tout simplement imbuvable, la thyone forte et mentholée écrasant tous les autres goûts. D’autres études plus récentes appuient les conclusions de Hutton.

Force est aujourd’hui de constater que la problématique de la thuyone fut un élément prioritaire de la lutte des milieux abstinents contre l’absinthe, qui – volontairement ou pas – ont apeuré la population en stigmatisant l’absinthe et sa « molécule folle ». Ils ont aussi donné naissance à tous les fantasmes qui, malgré l’interdiction, ont assuré la survie clandestine de la « Fée verte ».





Suite :

8. 2004 – Le Conseil des Etats ouvre la voie à la légalisation de l’absinthe
En 1988, une nouvelle directive européenne limitant la thuyone par litre de spiritueux (35 mg par litre) sort l’absinthe de l’illégalité dans de nombreux pays, dont la France. En Suisse, l’interdiction de l’absinthe avait disparu de la Constitution fédérale au moment de sa dernière révision, mais le breuvage demeurait illicite dans la loi sur les denrées alimentaires...

Absinthe du Val-de-Travers
 

L'Absinthe au Val-de-Travers

1. Hommage aux distillateurs clandestins
2. L'Absinthe de l’Antiquité à nos jours
3. L’absinthe, une plante médicinale
4. Le spiritueux d’absinthe, une recette confidentielle
5. Le Val-de-Travers, berceau de l’absinthe
6. En 1910, la Fée verte entre dans la clandestinité
7. La thuyone, la molécule qui rend fou
8. 2004 : vers une légalisation de la fée verte
9. 1er mars 2005 – Légalisation de l’absinthe
10. Association interprofessionnelle de l’absinthe
11. L’absinthe après la légalisation
12. Une AOC pour l’absinthe du Val-de-Travers ?
13. Articles ayant permis de rédiger ce dossier



Willy Bovet, distillateur d’absinthe à Môtiers

WILLY BOVET, DISTILLATEUR
ABSINTHE LA VALOTE
MÔTIERS
10 OCTOBRE 2007

DUREE 14:51



 

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